Le Christ dans l’acte de sa rédemption 

c’est le Christ dans l’acte même de sa rédemption auquel nous nous donnons.
Le Christ qui nous est présenté dans les Exercices, c’est celui-là. Il n’est pas comme dans d’autres spiritualités qui pourront insister par exemple sur le Christ enfant avec une dévotion particulière, sur le Christ propitiation pour les pécheurs (une certaine spiritualité proprement réparatrice), ou encore sur le Christ guérissant les malades. Chaque fois, bien sûr, c’est le Christ tout entier qui va être pris; sinon, ce serait une chose bien misérable, voire hérétique, même s’il est tout à fait légitime de retenir un aspect du Christ – par exemple, le mystère de Nazareth -, de vouloir vraiment y entrer, comme on entre au plus profond du cœur de Jésus. Mais ce que veut saint Ignace, c’est nous attacher au Christ rédempteur, au Christ en tant qu’il fait son œuvre. C’est d’ailleurs ainsi qu’on comprend mieux, me semble-t-il, les premières remarques du Règne, les premiers points, le préambule : nous avons à «voir par l’imagination les synagogues, les Villes, les bourgades où le Christ notre Seigneur prêche» [91]. De fait, c’est là l’intéressant : le Christ qui marche, le Christ qui monte à Iérusalem, le Christ qui accomplit sa mission; et dans cette mission, ce qu’il faut voir, c’est, comme je viens de vous le dire, le mystère de la Rédemption. Alors je comprends très bien comment, dans une application particulière, le P. Nadal peut nous dire que «le fondement de la Compagnie, c’est Jésus-Christ crucifié ». C’est vrai : c’est la Croix du Christ, la Cr0ix en tant qu’elle est l’instrument de la Rédemption. Voyez aussi la formule de la Bulle de 1540 qui approuve le Compagnie: «sub crucis vexillo Deo militare »: « servir Dieu sous l’étendard de la Croix ». Cela ne veut pas dire autre chose que le service de la Rédemption.

Initiation aux Exercices Spirituels de Saint Ignace, Maurice Giuliani

Éditions Lessius 2016 p.83