L’unité des contraires 

« En tout cas, vous le voyez, la démesure empêche d’unir en nous des contraires, comme la fermeté et la douceur. On est alors tout entier dans un sens ou dans un autre. On le voit parfois dans des âmes chargées du gouvernement. Elles gouvernent avec une telle certitude que c’en est effroyable. Avec la dureté, la raideur, la rigueur, il n’y a plus rien de suave. Il faudrait encore arriver à unir la prévoyance et la libéralité, la simplicité et la prudence, mais pas des choses très contraires : ce n’est possible que dans le Satan. Le propre de l’action du mauvais esprit en nous, c’est de supprimer le dilemme: on sera tout entier d’un côté, dans un état de tension, de violence, de raideur. Le Christ, lui, ne supprime pas la difficulté, mais il réalise spirituellement en nous la conciliation d’exigences opposées : on le voit dans les saints. Ie connais des âmes étonnantes de complexité, tantôt fortes, fermes, tantôt douces, paternelles — signes souvent du Saint-Esprit. Leur richesse vient précisément de ce que rien n’est sacrifié. Le Christ nous unifie, voyez-vous, parce qu’il est lui-même unité, tandis que Satan divise, parce qu’il est lui-même divisé par le péché et qu’il s’attaque à la personnalité; le Christ cherche à nous construire, tandis que Satan veut nous faire tomber en décomposant nos forces spirituelles.

Saint Ignace nous dit que pour que les Constitutions soient vivables, il ne faut pas les urger constamment, pas plus qu’il ne faut aller dans le sens du relâchement. Discrétion, mesure spirituelle, c’est là le signe des œuvres de Dieu. »

Initiation aux Exercices Spirituels de Saint Ignace, Maurice Giuliani,

Éditions Lessius 2016 p.185