Une femme fuyant l’annonce

David Grossman

un roman traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Seuil 2011, 668 p., 22,50 €

C’est grave, somptueux, fin, magique, envoûtant, estomaquant. Dès «Voir ci-dessous Amour» David Grossman a su tisser des livres bluffants, inoubliables, tant son écriture s’ingénie à sculpter des formes littéraires au plus proche du monde qu’il appelle à découvrir, un monde à surface de terre et de chair, tout en profondeur d’esprit et d’humanité. Avec Ora, femme, mère, se tresse à flots de mots et de rituels magiques le chemin d’un peuple à hauteur des tragédies antiques. Son second fils, Ofer vient de partir en mission militaire dans une zone de combat alors qu’il achevait son service et qu’il devait partir faire une randonnée en Galilée avec sa mère. Voulant conjurer le pire, elle décide de partir tout de même, fuyant ainsi les trois messagers qui viennent annoncer le décès d’un soldat afin qu’ils ne puissent la trouver. Pour l’accompagner, elle choisit Avram, le meilleur ami de son mari Ilan, l’amour de sa jeunesse. De leur dialogue au fil de la marche, c’est plus de 30 années qui vont s’entrechoquer convoquant leurs histoires autant qu’ l’histoire d’Israël, leurs combats comme leurs fragilités, avec intensité, banalité, trivialité. Sans jamais abandonner le quotidien de leurs haltes et de leurs rencontres, la figure d’Ora se campe en une extraordinaire stature sensuelle, poignante, enchanteresse. Avec « ses » hommes, elle réinvente le monde. Ce roman plonge son lecteur dans toute la complexité d’une vie de femme juive, israélienne.

 

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